
26/08/2010. Livre. Hunter S. Thompson Hunter S. Thompson était persuadé qu'il mourrait jeune. Il n'avait donc aucune raison de craindre la mort. Alcool, drogue, armes à feu, conduite à tombeau-ouvert, William McKeen dresse le portrait de cet auteur, journaliste, figure sans concession du 'Gonzo', retrouvé mort dans sa propriété 'Owl Farm' [Colorado], le 20 février 2005, après s'être tiré une balle dans la tête. William McKeen raconte: 'Passé un certain âge, on apprend que lorsque le téléphone sonne un dimanche à minuit, ce n'est jamais pour annoncer une bonne nouvelle'. Hunter S. thompson est mort. En 1967, celui-ci écrivait à propos de la mort de l'un de ses amis: 'La nouvelle de sa mort a été un choc pour moi, mais pas particulièrement surprenante... Plus que tout, c'était une âpre confirmation de l'éthique selon laquelle [il] avait toujours vécu mais dont ils ne parlait jamais... La solitude sans avenir d'un homme qui crée ses propres règles...' Tout était là dans ces quelques lignes: Hunter chroniqué par lui-même.
Brillant et frondeur, adepte des mauvaises blagues, le jeune Hunter qui a déjà expérimenté la prison, s'engage dans l'armée pour échapper à une nouvelle peine. Il fait ses armes à la chronique des sports de la base où il est affecté. Son renvoi est pour lui l'occasion de s'affranchir de toute règle: Hunter entre en littérature comme on devient hors-la-loi. Elle devient le territoire sans limite de frasques sans nom dont il peut être le héros.
Il faut être suffisant, ambitieux et égocentrique pour tenter de marcher sur les traces de Hemingway, Mailer, Kerouac ou Burroughs d'autant que la littérature est une muse capricieuse qui ne se laisse pas séduire par tous ceux qui la courtisent... Âpre, besogneux, frondeur, fan absolu de Bob Dylan – l'écoute répétitive, le son poussé au maximum de 'Mr. Tambourine Man' devient au fil des ans l'un des rites nécessaires qui l'aident à se mettre en condition pour écrire -, Hunter se fait connaître par ses articles, des chroniques fleuves sur des sujets qu'il maltraite sans vergogne. Convoquant dans ses articles, des personnages fictifs dont le plus célèbre est Raoul Duke, Hunter propulse la fiction dans un journalisme objectif parfois timoré qui fait alors école dans les rédactions américaines. Il recompose les faits, s'arrange avec la vérité, occupe le terrain des histoires qui annoncées en Une de Rolling Stone, de l'Observer ou de la Nation boostent dorénavant les ventes des magazines qui prennent le risque de le publier.
À ceux qui lui demandaient en quoi consistait son style, il répondait: 'ce dont ça parle, en fait c'est la manière dont vous vous en sortez, si vous êtes 'écrivain', ca veut dire écrire que ce que vous voulez écrire.' Le 'Gonzo' c'est cela: raconter l'histoire qui consiste à écrire sur un sujet. Hunter n'écrit pas un article puis un ouvrage sur les Hell's Angels. Ce qu'il écrit c'est l'histoire d'un Hunter, mari et père, qui n'hésite pas à inviter chez lui, une bande de motards sur laquelle la presse rapporte les rumeurs non vérifiées - aucun journaliste n''a encore osé l'approcher -, de comportements violents et hors-la-loi. Hunter à sa propre méthode pour travailler son sujet: tapage et plaintes, allers et venues de machines dont les vrombissements perturbent le voisinage, beuveries s'étirant sur des jours. Hell's Angels n'est autre que le récit de sa vie avec un gang de motards.
De ses débuts de chroniqueur sportif, il a gardé le rythme; des quelques auteurs qu'ils respectent, il a le souffle; de ses abus d'alcool et de drogues, il cultive les délires fantastiques d'un esprit torturé au lyrisme brillant et acéré. L'homme a du caractère, un ton, il fustige, insulte, ne s'interdit aucune imprudence, aucune opinion et trace son sillon. Il raconte sa virée à Las Vegas à la poursuite du Rêve Américain dans Las vegas Parano. Il raconte jour après jour la réélection de Richard Nixon dans Fear and loathing: On the Campaign trail, 72. Il s'échine, note, recopie ses correspondances, traverse le pays à plusieurs reprises soutenu, materné, assisté par sa femme et puis par d'autres, des étudiantes collaboratrices, des maîtresses de l'ombre qui se plie à toutes ses exigences, ses colères et ses angoisses d'auteur talentueux. L'argent est un souci constant, il vit des avances d'éditeurs énervés pour des projets qui n'aboutissent parfois pas. Il poursuit ainsi pendant des décennies le mirage d'un ouvrage qui raconterait la fin du Rêve Américain, celui de la dérive d'un rêve honteux, embourbé au Vietnam, laminé par les scandales politiques, abimé par les crises économiques,...
Sur le chemin de cette quête, d'autres textes émergent, crachés depuis les fax de chambres d'hôtels situées au quatre coin du pays dont les notes sont adressées et réglées après de tumultueuses négociations par ses employeurs. Il exècre les dead lines, tempête, vitupère et fustige les éditeurs, les rédacteurs et d'autres de ses contemporains. Nixon en tout premier pour lequel il cultive une aversion farouche dont ses textes rendent compte. Ceux que l'homme vilipende, construisent l'auteur et tirent de lui ses meilleures contributions. Il fait dorénavant école et les universités font appel à lui pour intervenir dans le cadre de conférences. Faire des discours ne l'intéresse pas. Il a besoin d'argent et est curieux de rencontrer ceux qui le lisent. Il répond aux questions des étudiants et selon son degré d'alcoolémie cela se passe plus ou moins bien.
De Hunter, il pourrait ne rester que sa caricature. Il n'en est rien. Il suffit de lire ses textes pour en être convaincu. L'homme est hors normes, - d'autres diraient fou-, ambitieux, cultivé, brillant. Il cultive l'irrévérence, suit une éthique qu'il est seul à partager à l'exception de ses proches qui la comprennent, à défaut la respectent par estime pour lui. L'auteur est magnifique, consciencieux, angoissé, force de la nature, il tient des jours et des nuits sous speed pour écrire, abattre les pages qu'ont lui a commandé dans des délais expirés depuis des semaines avant qu'il ne rende la première ligne. Il faut profiter des quelques heures où il a finalement sombré pour subtiliser ses manuscrits afin de les éditer en vue des publications qui se font rares... La politique le passionne, la société de ses contemporains le questionne, infiniment, et il ne cesse de la provoquer. Hors-la-loi de la littérature, Hunter est de ceux qui se poursuivent eux-mêmes. Ses textes sont les traces magnifiques de cette bataille forcenée qu'il a livré contre lui-même.
À lire sans modération.
William Mckeen, Hunter S. Thompson, Journaliste & Hors-la-loi, Editions Tristram, 2010.
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> > La Couverture de Hunter S. Thompson aux Editions Tristram.


